12 juin 2008

Les lenteurs calculées du très haut débit

A Paris, quatre opérateurs se partagent le marché du câblage des immeubles pour l'installation du très haut débit. La mairie voulait une "mutualisation des infrastructures". L'affaire dure depuis 18 mois.

En 2010, "80 % des Parisiens pourront surfer sur le Web à très haut débit", promet Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation, de la recherche et des universités. Les appartements de la capitale auront une fenêtre ouverte sur un courant numérique allant jusqu'à 100 mégas, un flux suffisant pour jouer, télécharger images et vidéos à la douzaine. Sur plusieurs postes simultanément.

Une innovation nécessaire pour installer Paris dans ce siècle, assurent les opérateurs, et une priorité dans les innovations que la ville veut mettre en place pour attirer chercheurs et investisseurs. "Paris sera la première capitale numérique", lance Jean-Louis Missika. "Après Séoul", précise-t-il.

Quatre opérateurs se partagent le juteux marché parisien : Orange, Free, 9tel et Numéricable. Dans la capitale, il n'y a pas d'investissement abyssal à faire pour apporter la fibre optique à domicile. L'existence des réseaux souterrains (les égouts) permet aux opérateurs de tirer leurs câbles pour un faible coût et d'envisager un rapide retour sur investissement. Reste pour les quatre acteurs à convaincre, bâilleurs et syndics, de leur ouvrir leurs portes afin de relier les clients finaux…Et c'est là que le projet bogue. En effet, rien n'oblige un opérateur qui a câblé un immeuble de partager, ensuite, ses infrastructures. Et l'idée de se trouver en situation de micro-monopole, empêchant la concurrence d'opérer sur leurs installations ne semble gêner aucun des acteurs.

La ville de Paris prévoyait d'instaurer pour septembre 2006 "les règles du jeu" de "la mutualisation des infrastructures." Un an et demi plus tard, France Télécom et Numéricable ont sérieusement rénové leurs réseaux tandis que Free et 9tel disposent des leurs. Mais aucun accord n'a émergé entre les quatre opérateurs concernant la mutualisation des infrastructures. Le premier frein à l'arrivé de Paris dans un environnement numérique à très haut débit serait la volonté de chaque opérateur de réduire la position de la concurrence. C'est là qu'il y a un "goulet d'étranglement", explique-t-on à la mairie de Paris.

"Nous nous sommes engagés à ouvrir nos réseaux des immeubles aux autres opérateurs. Cette volonté est clairement affichée. Toutefois, il ne suffit pas de le dire, il y a un certain nombre de tests à réaliser", explique François Duquesnoy, directeur commercial de la Fibre chez Orange.

"Orange à une double dialectique. Ils assurent qu'ils sont prêt à partager, mais dès lors qu'on demande les modalités de la mise en œuvre, ils prennent des mesures dilatoires. Leur objectif est de nous mettre des bâtons dans les roues pour freiner notre progression", assure le patron d'un des challengers de l'opérateur historique.

Ce dialogue de sourds dure depuis 18 mois. "Chacun nous dit d'accord , mais dans les faits rien ne se passe", confie un proche du dossier à la mairie de Paris. Pour faire cesser cette foire d'empoigne, les représentants des collectivités locales comptent sur le volet numérique et très haut débit du projet de Loi sur la modernisation de l'économie actuellement discuté à l'Assemblée nationale.

 Le Monde.fr